Europe : Innover et harmoniser pour un retour vers la compétitivité

Le deuxième débat des Rencontres s’est déroulé sous forme de consensus. Remettre l’innovation au cœur des politiques européennes, développer la R&D et investir dans les NTIC pour replacer la production et l’innovation au centre du « Vieux continent » : ces conditions sine qua non du retour à la compétitivité, et donc de la reprise d’une croissance tant espérée, ont fait l’unanimité parmi les intervenants.

(résumé de débat publié initialement sur le site des Rencontres Eco)

Bertrand JACQUILLAT (Cercle des Économistes) introduit le deuxième débat des Rencontres "Comment l’Europe peut-elle gagner la course à la compétitivité ?"

Bertrand JACQUILLAT (Cercle des Économistes) introduit le deuxième débat des Rencontres « Comment l’Europe peut-elle gagner la course à la compétitivité ? »

« L’Europe est le parent pauvre de la très modeste reprise mondiale ». Un constat bien sombre pour entamer ce débat sur la compétitivité en Europe, porté par Bertrand Jacquillat. L’économiste, membre du Cercle, même s’il ne « veu[t] pas dresser un tableau trop sombre de l’UE », n’hésite pas à lister les difficultés : ralentissement des gains de productivité donc de la croissance, écart de compétitivité entre les États-Unis et le vieux continent s’accentuant depuis de le début de la crise du fait d’un « investissement insuffisant dans les NTIC », et un déclin du poids de l’industrie par rapport aux services. Laquelle situation, si elle semble être le dénominateur commun de tous les pays développés, doit pour autant être surveillée « tant la frontière entre les services et l’industrie est devenue floue » nous explique Bertrand Jacquillat, l’une ne vivant pas sans l’autre.

« Innover, innover pour toujours rester devant ». Et changer de perception, de vision, au sein de l’Union. C’est la recommandation de Marwan Lahoud, Directeur Général Délégué à la Stratégie et au Marketing d’Airbus GROUP. «  L’Europe a dominé le monde avec les Etats Unis économiquement pendant plus d’un siècle. On a toujours considéré que les frontières étaient les nôtres. Alors qu’en réalité tout s’est décalé, on continue de raisonner en Europe comme si [l’économie] s’arrêtait à nos portes ». Cette vision ethnocentriste (« en dehors de nos frontières ce sont des barbares qui ne savent pas innover » caricature M. Lahoud) est aussi immodeste que fausse, puisque l’Europe pèche précisément par son manque d’audace. Il faut pour lui tirer les leçons de notre supériorité passée, et cela passe par trois mots d’ordre :

 

  • Stabilité (homogénéité)
  • Environnement politique
  • Innovation

 

« En Europe nous avons les moyens d’être créatifs et conquérants : il faut innover, innover, innover pour rester devant ». Il n’oublie pas l’épineuse question de la fiscalité, qu’il faut pour lui harmoniser le plus rapidement, tout en rendant le droit du travail le plus homogène possible.

L’Europe a-t-elle raté le tournant de l’innovation de rupture ? C’est du moins l’avis de Geoffroy Roux de Bézieux. Le numéro 2 du MEDEF constate que toutes les innovations de rupture viennent soit du continent américain soit du continent asiatique, et qu’elles sont le « grand échec de l’Europe institutionnelle ». Il a en effet fallu attendre treize ans pour que ce qui avait été décidé à Lisbonne – mettre l’innovation au cœur des politiques européennes – soit mis en place et qu’un sommet soit enfin consacré à cette question fondamentale pour la compétitivité. S’il partage le constat sévère de Marwan Lahoud, il considère comme lui que la partie n’est pas pour autant perdue « je crois au contraire qu’on est au devant de formidables gains de productivité » car l’Europe a, entre autres, des atouts d’infrastructures et d’ingénierie jalousés par les géants de l’innovation asiatiques. Il regrette toutefois l’absence d’une « société du risque » qui permettrait d’innover. Or, selon lui et toujours en accord avec le Directeur Général délégué d’Airbus, seule une fiscalité harmonisée peut favoriser cette prise de risque.

Croissance : question de politique européenne ou de politique nationale ? « Je pense que le temps est venu d’entamer une discussion au niveau européen entre ceux qui pensent que la croissance est un enjeu seulement national et ceux qui pensent que c’est un enjeu européen ». Enrico Letta ne joue pas l’ambigüité : il fait partie de la deuxième catégorie. Selon l’ancien président du Conseil italien, « dans un moment où au niveau européen on demande aux Etats de faire des coupes d’austérité et de tenir des budgets, c’est impossible de leur demander en même temps des investissements : il faut les aider en mettant sur la table des politiques européennes de croissance ». L’ancien chef de gouvernement pose toutefois une condition : cela est possible si et seulement si, à l’échelle communautaire, l’on comprend la nécessité de rendre à nouveau l’Europe sympathique. Une allusion à la montée des populismes lors des dernières élections qu’il ne souhaite pas minimiser. « Je pense à Erasmus notamment, qui ne doit pas être considérée comme une politique junior ou marginale ».

Comme les précédents intervenants du débat, il réaffirme enfin la nécessité « vitale » de placer l’Investissement dans le domaine de la High Tech au cœur de l’Europe en en faisant « un sujet proprement européen et pas seulement national [et alors] on retrouvera cette croissance qui nous manque ».

 

Mélina Huet

 

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