En février 2026, je suis retournée en Ukraine pour réaliser ce long format sur l’aide européenne au pays depuis 2022 et ce qu’elle représente, aussi bien en termes de coûts financiers qu’humains, tant sur les volets civil et administratif que sur celui de la Défense. 90 milliards d’euros de prêt voté le 11 février 2026 par le Parlement européen (et alors que je tournais ce reportage). Depuis, la Hongrie fait barrage. À ce prêt. Ainsi qu’à l’adhésion du pays à l’Union européenne.
Au-delà de l’opposition politique de Viktor Orban, le soutien à l’Ukraine se heurte à des défis considérables : urgence humanitaire, réforme de l’État de droit, infrastructures énergétiques détruites, près de 9,4 millions de déplacés (en interne et hors des frontières)… Dans un pays qui se réforme tout en combattant, l’espoir d’adhésion à l’UE reste un cap qui permet à des millions d’Ukrainiens de tenir.
Reportage entre la région de Kyiv et le front Est, avec des civils et des militaires.
Hier, j’ai eu l’honneur d’intervenir lors de l’audition, organisée au Sénat par la Délégation aux droits des femmes, consacrée aux violences sexuelles utilisées comme armes de guerre en Ukraine, à la suite de celle consacrée au Soudan
📣🎥 J’y ai montré des extraits de mon travail sur le sujet pour France 24, aux côtés de Luke Shrago et de la photojournaliste ukrainienne Olga Ivaschenko. J’en profite pour remercier encore une fois tous les producteurs locaux, parfois appelés « fixeurs », sans lesquels aucun de nos reportages n’existerait.
⚖️Mon intervention a été suivie par celles de Nicolas Ligneul et Lyubov Smachylo, dont la présentation est aussi à réécouter si vous souhaitez avoir une perspective juridique ET humaine de ce qui se joue en Ukraine.
Plusieurs choses me semblent importantes à répéter :
– 𝗖𝗲𝘀 𝘃𝗶𝗼𝗹𝗲𝗻𝗰𝗲𝘀, 𝗱𝗶𝗿𝗶𝗴𝗲́𝗲𝘀 𝗰𝗼𝗻𝘁𝗿𝗲 𝗹𝗲𝘀 𝗳𝗲𝗺𝗺𝗲𝘀 𝗺𝗮𝗶𝘀 𝗮𝘂𝘀𝘀𝗶 𝗹𝗲𝘀 𝗵𝗼𝗺𝗺𝗲𝘀, 𝗺𝗶𝗹𝗶𝘁𝗮𝗶𝗿𝗲𝘀 𝗼𝘂 𝗰𝗶𝘃𝗶𝗹𝘀, 𝗼𝗻𝘁 𝗱𝗲́𝗯𝘂𝘁𝗲́ 𝗯𝗶𝗲𝗻 𝗮𝘃𝗮𝗻𝘁 𝟮𝟬𝟮𝟮. De premiers témoignages ont été recueillis dès 2014, avec l’annexion illégale de la Crimée et l’occupation du Donbass, orchestrée dans le cadre d’une guerre hybride menée par la Russie.
– 𝗟𝗲𝘀 𝗰𝗵𝗶𝗳𝗳𝗿𝗲𝘀 𝘀𝗼𝗻𝘁 𝗹𝗮𝗿𝗴𝗲𝗺𝗲𝗻𝘁 𝘀𝗼𝘂𝘀-𝗲𝘀𝘁𝗶𝗺𝗲́𝘀. Pour plusieurs raisons : le stigmate social, la mémoire traumatique mais aussi l’impossibilité de collecter des récits et/ou des preuves dans les zones qui ont été ou sont encore occupées, sans compter les milliers de disparu-es (à ce sujet, voir l’excellent documentaire d’Anne Poiret encore disponible sur France Télévisions : Les Fantômes de l’Ukraine)
– 𝗟𝗮 𝗱𝗶𝗴𝗻𝗶𝘁𝗲́ 𝗱𝗲𝘀 𝘀𝘂𝗿𝘃𝗶𝘃𝗮𝗻𝘁·𝗲𝘀 exige que nous portions une attention particulière à la manière dont nous les représentons, tant dans les médias que dans les institutions. 𝑳𝒆 𝒄𝒉𝒐𝒊𝒙 𝒅𝒆𝒔 𝒎𝒐𝒕𝒔 𝒓𝒆𝒗𝒆̂𝒕 𝒖𝒏𝒆 𝒊𝒎𝒑𝒐𝒓𝒕𝒂𝒏𝒄𝒆 𝒄𝒂𝒑𝒊𝒕𝒂𝒍𝒆.
En juillet et août, avec Morgane Bona, nous avons passé plusieurs semaines à travailler sur un sujet que nous avions chevillé au corps : le front de Kreminna, dans la forêt de Serebryanka/Serebryansʹkyy.
Une bataille meurtrière au cœur d’un écosystème fragile. Un environnement détruit à coup de bombes incendiaires par l’armée russe. Sciemment et constamment. Et au centre : des hommes et des femmes, qui tentent de repousser l’envahisseur tout en hurlant de douleur pour cette forêt qui brûle sous leurs yeux.
Ce format long n’aurait jamais pu être réalisé sans le travail acharné d’Andriy Maliuk, de Ollie Shor et la précieuse collaboration de Mykhailo Tymoshenko.
Sans la confiance des soldats qui se battent au quotidien pour défendre leurs terres.
Et sans le soutien de la direction de l’antenne de LCI qui nous a suivies jusqu’au bout pour raconter ce front dans le détail et de la manière la plus juste, en nous laissant du temps, avant la diffusion et sur l’antenne même avec ce format de plus de 10 minutes, encore jamais fait au service reportage news.
Je remets là la chanson des tirailleurs de Volhynie qui ont écrit ces paroles en 1917 :
[TW : violences sexuelles liées à un conflit] // See the English version at the end
J’aurais aimé pouvoir vous donner davantage d’éléments de contexte plutôt que de devoir rectifier des modifications apportées au reportage sans mon consentement.
Hélas !
Sans Olga Ivashchenko et Daryna Viter, ce sujet n’existerait pas.
Elles devraient donc être en signature de ce reportage, comme je l’indique systématiquement.
On ne rappellera jamais assez l’importance de ces héros et héroïnes de l’ombre, appelé-es vulgairement « fixeurs-fixeuses », sans qui nous ne pourrions pourtant pas faire grand chose et qui sont, le plus souvent, également journalistes. Merci donc à Olga et Darka pour leur implication à toute épreuve dans ce sujet sur lequel je travaillais depuis de nombreuses semaines
Adel Gastel a aussi contribué à ce reportage difficile, avec ses merveilleux dessins qui permettent de mettre des images sur ce que nous ne pouvons filmer. Merci à lui d’avoir mis son talent au service de ce sujet.
Iryna Didenko, qui apparaît à la fin du reportage, n’est pas la procureure en charge des « crimes de guerre ». Elle est à la tête d’un département spécialisé dans les « crimes sexuels liés à un conflit », comme je l’avais également indiqué.
Tout son travail (et le travail de son bureau) est, précisément, d’enquêter et de constituer des dossiers pour définir ce qui relève du crime de guerre ou ce qui ressort du crime de droit commun (dont certains crimes contre l’humanité — comme la systématisation des viols ou tortures sur parties génitales, font partie).
Et enfin le sujet lui-même (le titre va être changé sur le site, pour correspondre à la réalité) : il s’agit bien d’un angle particulier. Celui des hommes victimes, eux aussi, de violences sexuelles. Avec une dimension propre à tant de conflits : les bourreaux s’assurent que leurs victimes ne pourront plus se reproduire.
Réalisé entre Kyiv et Kherson avec mon collègue de la chaîne anglophone, Luke Shrago.
Il y a quelques mois, je me suis rendue en Islande, une île habituellement connue pour ses glaciers, ses volcans et ses aurores boréales. Mais ce pays est aussi un laboratoire scruté pour son modèle de société et ses institutions démocratiques. Son parlement, fondé en l’an 930, est sans doute l’un des plus anciens au monde. En 2021, il est aussi devenu le plus paritaire d’Europe, avec près de 48% de femmes élues.
Depuis plus d’une décennie, l’Islande est à la tête du rapport sur l’égalité entre les femmes et les hommes publié par le Forum Économique Mondial.
Que fait ce petit pays de 376 000 habitants pour sortir son épingle du jeu ? Mérite-t-il sa réputation de paradis de l’égalité femmes-hommes ? Voyez mon long format pour France 24
Voici un sujet que nous avions vraiment envie de faire avec ma collègue Catherine Norris-Trent
En mars, elle s’était rendue à Saltivka, quartier de Kharkiv bombardé nuit et jour. Avec Roméo Langlois et Achraf Abid, ils y avaient rencontré Ludmyla et Sanya, les rares habitants à être restés malgré tout.
Nous sommes allées les retrouver, 7 mois plus tard, pour prendre de leurs nouvelles, alors que les forces russes ont été repoussées de la région éponyme en septembre dernier.
C’était à la fois infiniment triste et infiniment joyeux.
Le reportage est à retrouver ci-dessous
Reportage écrit et réalisé avec Catherine Norris-Trent et Yurii Shyvala
Images : Mélina Huet (octobre 2022) et Roméo Langlois (mars 2022)
Rendez-vous aujourd’hui dans l’est de l’Ukraine, dans un village situé au cœur du Donbass et repris par les troupes ukrainiennes à la mi-septembre. Pendant près de 100 jours, les forces russes ont occupé Sviatohirsk.
Les habitants nous ont confié que certains locaux avaient accueilli favorablement l’arrivée des troupes russes, dans cette communauté connue pour ses liens culturels forts avec la Russie et où les loyautés diffèrent.
Reportage réalisé avec Catherine Norris Trent et Raïd Abu Zaideh
C’est le « kilomètre zéro » des routes de France. La cathédrale Notre-Dame de Paris incarne une place à part dans l’imaginaire français. Magnifiée grâce au roman éponyme de Victor Hugo, elle ravit longtemps au Louvre et à la Tour Eiffel le titre envié de « lieu le plus visité de France ». Jusqu’au drame. Il y a deux ans jour pour jour, un gigantesque incendie ravageait la cathédrale, emportant la célèbre flèche de Viollet-le-Duc. Deux ans plus tard où en sont les travaux ? Emmanuel Macron était sur place ce jeudi. Le chef de l’État a réaffirmé son objectif de réouverture pour 2024.
L’incendie qui a failli détruire Notre-Dame de Paris a duré près de 15 heures, en direct, sur les télés du monde entier. C’était dans la nuit du 15 au 16 avril 2019. Le feu a pris sous la toiture de l’édifice en restauration et s’est propagé à la charpente, puis à la flèche de 96 mètres de haut. La chaleur terrible a fait fondre une bonne partie des échafaudages, menaçant d’entraîner sous leur poids tout le bâtiment. Lorsque la flèche de Notre-Dame a brusquement basculé dans les flammes, vous avez peut-être retenu votre souffle et peut-être des larmes.
Après une nuit de lutte acharnée, plus de 600 pompiers mobilisés ont réussi à sauver Notre-Dame de Paris. Les dégâts sont gigantesques mais le bâtiment est encore debout. Immédiatement, on évoque la reconstruction de la cathédrale vieille de 850 ans.
Avec la crainte de la contamination par les résidus de plomb de la toiture, puis l’arrivée de la pandémie de Covid-19, l’entreprise n’est pas une mince affaire. Mais le chantier avance : les arbres de plus de 20 mètres de haut qui vont constituer la nouvelle charpente ont été abattus.
Deux ans plus tard, les travaux sont toujours en cours pour consolider la fragile structure médiévale de la cathédrale et ouvrir la voie à sa rénovation qui devrait commencer à l’été 2021. La reconstruction de Notre-Dame est une course contre la montre car la cathédrale est censée avoir retrouvé tout son lustre au printemps 2024, quand Paris accueillera les Jeux olympiques.
Découvrez les coulisses d’un chantier hors normes, le plus scruté de France, avec ce reportage de France24 signé Mélina Huet et Catherine Norris Trent.
Le 25 novembre marque la Journée internationale pour l’élimination de la violence à l’égard des femmes. Chaque année, plus de 220 000 femmes sont victimes de violences infligées par un conjoint ou ex-conjoint en France. Les sévices ont souvent lieu dans l’intimité des foyers et revêtent de multiples formes, en son sein ou en dehors: coups, viols, mutilations sexuelles, séquestrations… Jusqu’au féminicide. En 2019, plus de 150 femmes ont ainsi été tuées par leur partenaire ou ex-partenaire. Pendant un an, j’ai suivi quatre femmes qui luttent pour que les choses changent.
Fabienne Boulard est major de police dans les Yvelines, à l’ouest de Paris. Depuis près de dix ans, elle anime des formations auprès de ses collègues, stagiaires policiers ou professionnels confirmés, pour mieux prendre en charge les victimes de violences conjugales. Qu’il s’agisse de sensibiliser à l’accueil au commissariat ou lors d’interventions au domicile, cette policière chevronnée combat les stéréotypes intégrés par son propre corps de métier. Elle travaille également avec les associations et les hôpitaux de son département pour améliorer la prise en charge globale des victimes.
Isabelle Steyer, elle, est avocate au barreau de Paris. Depuis sa prestation de serment, il y a vingt-sept ans, elle s’est fixé un objectif ambitieux : protéger et défendre les femmes et les enfants victimes de violences et améliorer les textes de loi pour que cesse l’impunité accordée aux auteurs.
De son côté, Louise est interne de gynécologie-obstétrique et de médecine légale à l’hôpital de Rennes, en Bretagne. Sensible au sujet des violences auxquelles elle est confrontée au quotidien, elle a décidé d’effectuer son stage de six mois à la Maison des Femmes de Saint-Denis, au nord de Paris. Ce lieu unique en France permet une prise en charge globale des victimes : médicale, psychologique et sociale. Elle a un objectif en tête : monter une structure similaire dans l’hôpital dans lequel elle effectue son internat.
Julie, enfin, est militante et fait partie du mouvement des collages contre les féminicides. Né en 2019, ce réseau a fait pousser des messages chocs sur les murs de toute la France. Son but : faire en sorte que les femmes se réapproprient l’espace public – pour beaucoup synonyme de harcèlement de rue ou d’agressions –, et alerter les citoyens et les institutions sur la pluralité des violences subies par les femmes et les personnes discriminées.
Pendant près d’un an, j’ai suivi ces quatre femmes pour France 24. Chacune à leur échelle, elles luttent pour que les choses changent. Découvrez le récit de leur quotidien dans ce premier documentaire disponible en trois langues.