CROATIE – L’Union européenne : entre amour et damnation

Vantant ses parcs naturels, la richesse de son Histoire ou encore le bleu turquoise de sa côte dalmatienne, la Croatie accueille de plus en plus de touristes français et européens en général. Mais au-delà de la carte postale, que nous réserve ce futur membre européen ? Décryptage dans l’attente de son adhésion, le 1er juillet 2013.

Une économie de marché assez stable, de belles performances économiques alors que la guerre d’indépendance continue d’animer les esprits, un renforcement des institutions et des réformes électorales ad hoc : la Croatie fait tout pour être un élève modèle, et réussit plutôt bien. Des arguments qui brillent sur le papier, mais qu’en est-il sur le terrain ?

Une chose est certaine : on y parle anglais à tous les coins de rue. Les programmes et les films y sont toujours diffusés en version originale sous-titrée, pour le plus grand plaisir des anglophones. Un bilinguisme indispensable à un pays qui dépend fortement du tourisme (25% du PIB). La Croatie peut également se targuer d’être accessible financièrement. Un vol Marseille/Zadar coûtera ainsi moins cher qu’un billet de train reliant la cité phocéenne à la ville lumière.

La confrontation des générations

Malgré le grand succès du référendum d’adhésion en début d’année, une question plane : alors que le ‘oui’ l’a largement emporté (66%), pourquoi les murs de toute ville se parent de messages anti-européens ?

« l’Europe, c’est une nouvelle Tchécoslovaquie pour nos aînés »

Question posée à Hrvoje (prononcez Heurvoyé), professeur dans un lycée à Hvar. Hrvoje est un pro-européen timide car sa famille ne s’accorde pas avec lui sur la question européenne : « j’ai voté « oui » en janvier et j’en suis fier. Mais les plus vieilles générations n’accepteront jamais les arguments en faveur de l’UE. C’est compréhensible : l’Europe, c’est pour eux une nouvelle Tchécoslovaquie, la perte de leur souveraineté. Une indépendance pour laquelle ils se sont battus et dont les cicatrices sont encore vives ». Pourquoi ce jeune homme ne partage-t-il pas le même avis que ses aînés ? « Pour nous les plus jeunes, c’est l’eldorado, répond-t-il. Cela signifie l’ouverture des frontières et la possibilité de bénéficier de programmes comme Erasmus. A l’heure actuelle, il est difficile pour les Croates de tous horizons d’obtenir un visa si ce n’est celui touristique : presqu’impossible de vivre à l’étranger donc».

Là où le bât blesse

« Les plus jeunes » ne sont pourtant pas tous de son avis. Parmi les réfractaires, on trouve des groupes qui indisposent le gouvernement croate à l’heure européenne. Le port des symboles nazis, l’apologie du mouvement « oustachi » (« insurgé ») et le tag de swastikas sont par exemple devenus une mode chez de nombreux jeunes. En effet, malgré la repeinte hebdomadaire des murs en période de forte affluence touristique, impossible de passer à côté des nombreuses croix gammées, de Zadar à Dubrovnik. En parallèle, bien que la Croatie soit dotée d’une législation très complète en matière de lutte contre la discrimination, les groupuscules homophobes sont très actifs. En témoigne la première Gay Pride organisée à Split en juin 2011, théâtre de nombreuses violences.

Au-delà du guide vert, si la Croatie a beaucoup à offrir à l’Europe, rien ne garantit que l’année 2013 sera celle des rassemblements exaltés autour du drapeau bleu étoilé. Les mois à venir réservent peut-être quelques mauvaises surprises au gouvernement Kosor.

Mélina Huet

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