La revanche de la nature

Xavier Beulin (FNSEA), intervenant lors de la session intitulée "La revanche de la nature". Rencontres Economiques 2013

Xavier Beulin (FNSEA), intervenant lors de la session intitulée « La revanche de la nature ». Rencontres Économiques 2013 © Le Cercle des Économistes

De la nécessité de faire rimer économie avec écologie

La Revanche de la nature, « c’est la session la plus importante des rencontres. Celle au titre le plus provocateur aussi », introduit avec audace l’économiste Jean-Marie Chevalier. Les défis sont nombreux. En 2050, il y aura 2 milliards de personnes en plus à accueillir sur la terre. A nourrir aussi.

Changement climatique versus or bleu. « Le plus gros challenge du XXIe siècle sera celui du changement climatique » affirme Antony Turner, PDG de Carbon Visuals, une entreprise qui propose de rendre visible ce qui est invisible : notre empreinte carbone. Pour Jean Louis-Chaussade, DG de Suez environnement, c’est pourtant loin d’être le plus grand défi écologique actuel : « non, le XXIe siècle sera celui de l’eau, ou plutôt de la disponibilité de l’eau ». Selon lui, d’ici à 2030 ou 2040, 50% de la population mondiale vivra des périodes de stress hydrique. La solution ? Des consensus, dont le plus important devra concerner la gestion des usages de l’or bleu.

Un sujet qui divise : le nucléaire. Pour Pierre Gadonneix, président du Conseil Mondial de l’Energie (WEC), le constat récent le plus rassurant est qu’il y a plus de ressources énergétiques fossiles que ce que l’on aurait cru. Ce qui est à la fois une bonne et une mauvaise nouvelle, car on a tendance à se reposer sur ce constat au lieu d’agir – en conciliant court et long terme, rappelle l’ancien polytechnicien. Or il faut décarboner. Comment ? En associant capture des émissions de CO2, mise en avant des énergies renouvelables et… nucléaire. Il s’agit là d’une réponse à son voisin, Philippe Germa (DG de WWF France), qui venait de crier sa hantise de ce type d’énergie, représentant de trop gros risques selon lui. « Il faut bien que je donne mon point de vue ! » a-t-il répliqué, face à la désapprobation de Luc Oursel (AREVA). Sans surprise, ce dernier a effectivement fait écho à Pierre Gadonneix : « Le nucléaire n’est pas incompatible avec le développement des énergies renouvelables. Évidemment, on mettra un point d’honneur à repenser la sûreté en fonction des expériences passées, comme Fukushima ».

De la nécessité d’investir dans la Recherche et le Développement (R&D). Ce besoin, lui, semble faire l’unanimité. Xavier Beulin, président de la Fédération nationale des syndicats d’exploitants agricoles (FNSEA), qui promeut une économie circulaire, refuse que celle-ci fasse référence au passé. S’il faut miser sur la R&D, selon cet agriculteur, c’est qu’elle a déjà fait ses preuves. L’informatique embarquée, par exemple, permet de faire des économies – et de l’écologie –, en incitant ses confrères à apporter la bonne dose de produits au bon moment, là où c’est utile. Quant à Luc Oursel, il est également favorable à une plus grande part des grands programmes de R&D dans les budgets européens.

L’Europe au cœur du débat. « Elle n’est pas parvenue à mettre en place une politique énergétique commune. Ce qui est un paradoxe, puisque la naissance de l’Europe, c’est la CECA, basée précisément sur l’énergie ! ». C’est la sentence de Pierre Gadonneix, repris plus tard par Luc Oursel, qui souhaite un programme européen commun concernant les questions énergétiques. Jean-Marie Chevalier, qui se fait le chantre de l’europtimisme en conclusion de la session, juge la critique trop dure : « tout reste à faire […] il faut y croire ».

Finalement, le débat sur la Revanche de la nature a « quelque chose de rassurant », conclut-il. On a un sursis : il nous reste plus de ressources non renouvelables que ce que l’on imaginait il y a quelques années. Là où le titre trouve sa justification en revanche, là où l’on ‘‘frissonne’’, c’est lorsque l’on s’aperçoit que les énergies fossiles se financent sans problème alors que les économies d’énergie, elles, restent sur la touche. La question de Bo Frank, maire et père de Växjö, la ville « la plus verte du monde » – selon ses propres termes –, prend alors tout son sens : « quelle valeur a l’argent… quand on ne peut pas respirer ? ».

Mélina Huet

Article publié sur: http://www.lecercledeseconomistes.asso.fr/session-6-la-revanche-de-la-nature,1291

Image à la une: © Cercles des Economistes

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