Un nouveau ‘Juste parmi les Nations’ en France

Dimanche 27 avril 2014En cette Journée nationale du souvenir des victimes et des héros de la déportation, les habitants de Fontenay-aux-Roses (92) ont eu l’occasion d’assister à une commémoration singulière, marquant la remise de la médaille et du diplôme des Justes parmi les Nations à Raymond Lesueur.

Un titre décerné au nom de l’État d’Israël par le Mémorial de Yad Vashem

« ‘‘Juste parmi les Nations’’ est une expression judaïque tirée du Talmud », rappelle l’une des représentantes du Comité français pour Yad Vashem, présente lors de la cérémonie. « En 1953 a été créé, à Jérusalem, l’Institut Commémoratif des Martyrs et des Héros de la Shoah […]. Son nom est tiré du chapitre V du Prophète Isaïe : « et je leur donnerai dans ma maison et dans mes murs un mémorial (Yad) et un nom (Shem) qui ne seront pas effacés » ».

Dix ans plus tard, une Commission présidée par un juge de la Cour Suprême de l’Etat d’Israël est désignée pour attribuer ce titre. C’est aujourd’hui la plus haute distinction civile décernée par l’Etat hébreu à des personnes non juives qui, au péril de leur vie, ont aidé des Juifs persécutés par l’occupant nazi, en les cachant et en leur apportant les vivres nécessaires à leur survie.

En France, les noms des Justes parmi les Nations de l’hexagone sont inscrits à Paris, dans l’Allée des Justes, près du Mémorial de la Shoah, rue Geoffroy l’Asnier.

« En honorant ceux qui ont refusé de se plier à la fatalité de la volonté exterminatrice de l’idéologie nazie, la médaille des Justes contribue à rétablir l’Histoire dans sa vérité. » Simone Veil

« Mon père ne voulait pas de récompense »

« C’est ma sœur et moi qui avons décidé de demander la reconnaissance de notre père comme Juste » explique Evelyne Valarin, l’une des filles de Raymond Lesueur. « On l’a fait pour que le souvenir perdure et que la mémoire soit transmise. C’est une histoire d’autant plus incroyable qu’il a épousé Elsa, la nièce du couple juif qu’il avait sauvé. Ma maman. La cérémonie d’aujourd’hui était vraiment importante ».

Important, c’est le moins que l’on puisse dire. Raymond, 91 ans, est en effet l’un des très rares Justes encore en vie dans l’hexagone. La grande majorité des Justes sont aujourd’hui décorés à titre posthume, le diplôme étant alors remis aux ayant-droits, c’est-à-dire aux Juifs (ou à leurs descendants) qui ont pu être sauvés par ces citoyens anonymes.

Diplôme et médaille remis à Raymond Lesueur - © Mélina Huet

Diplôme et médaille remis à Raymond Lesueur – © Mélina Huet

Exercice de transmission

Si la jeune génération était plutôt aux abonnés absents, quelques exceptions ont marqué par leur présence. C’est le cas notamment de l’une des arrières petites filles de Monsieur Lesueur, qui s’est exprimée après les autres membres de la grande famille du Juste: « Au nom de tous tes arrières petits enfants, nous sommes très fiers de notre Papi Lou et nous nous en souviendrons toute notre vie ».

C’est ce qu’espère Evelyne Valarin, qui admet avoir même découvert quelques éléments clefs de la vie de son père lors d’une interview très récente : « on s’est rendu compte que c’était important quand on a réalisé que certains conjoints dans notre famille n’étaient même pas au courant de cette histoire. Moi-même j’ai appris des choses que je ne connaissais pas lorsque Le Parisien est venu faire une interview de mes parents, et que mon père a livré des choses que je n’avais jamais entendues ! »

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Raymond Lesueur, recevant sa médaille de Juste parmi les Nations – © Mélina Huet

Entre les discours familiaux chargés d’émotion, quelques moments solennels où le silence était de mise ont aussi marqué la cérémonie de la remise de la médaille : depuis l’hymne israélien à celui français (entonné a cappella par tous les membres de l’auditoire, suite à un couac technique), en passant par le chant des partisans.

C’est à la jeune génération qu’a été confiée la tâche de conclure les discours de cette commémoration singulière. Une jeune fille a ainsi clos les hommages en faisant la lecture d’un poème d’Albert Pesses : « Le Badge », que je vous laisse découvrir plus bas.

 

Mélina Huet

 

LE BADGE

On m’a donné un badge
Quand j’étais un enfant
On m’a donné un badge
Ce que j’étais content

Je l’ai cousu ce badge
A la place de mon coeur
Je l’ai cousu ce badge
Sur mon plus beau vêtement

Il était beau ce badge
Jaune et bordé de noir
Il était beau ce badge
Comme un astre vraiment

La forme d’une étoile
A six branches de surcroît
La forme d’une étoile
Un mot écrit dedans

Un mot de quatre lettres
En caractères gras
Un mot de quatre lettres
tordues comme des serpents

On avait marqué Juif
Au centre lisiblement
On avait marqué Juif
Sur mon coeur de sept ans

C’est un drôle de cadeau
Qu’on m’avait offert là
C’est un drôle de cadeau
Un passeport étranger

J’ai failli aller loin
Là où d’autres sont allés
J’ai failli aller loin
Et partir en fumée

Fils de la ShoahJe l’ai toujours sur moi
Ce badge en cas de malheur
Je l’ai toujours sur moi
Gravé au même endroit
Je n’en porte jamais d’autre
Bien qu’on ne le voie pas
Je n’en porte jamais d’autre
C’est le seul qui me va
C’est dans cette intention
Qu’on me l’avait donné
C’est dans cette intention
Moi que je l’ai gardé
ALBERT PESSES

 

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