ENQUETE – Une Artiste sud-africaine, Tay Dall, escroquée par une galerie européenne (suite et fin)

Rappelez-vous, c’est en décembre que Le Petit Journal de Johannesburg a découvert cette artiste sud africaine, dont les tableaux tapissaient les murs de nombreux restaurants et fermes au Cap Ouest. Curieux de nature, nous avons voulu en savoir plus sur la talentueuse Tay Dall et avons découvert avec surprise la section « ART STOLEN » (art dérobé)) de son site web. Après avoir rencontré l’artiste en personne, nous vous présentons ainsi la deuxième et dernière partie de cette enquête. Comment une galerie d’art européenne est parvenue à voler près de cent œuvres à cette artiste sud-africaine? Explications

(Crédits photos: Tay Dall communications)

Volé – Sands of time

Les faits 

L’agent de Tay Dall, Georgia Eccles, propose en 2004 à l’artiste d’exposer une partie de ses œuvres à la British & International Fine Art Gallery, tenue à Londres par Richard Barton (connu sous le surnom de Dick) et à Madrid par sa femme, Liz Barton. Les négociations commencent, sans véritable contrat entre les parties, « tout simplement parce que, dans le monde artistique, presque tout est basé sur une relation de confiance. Les galeries, quelles qu’elles soient, ont tellement de demandes d’exposition que si l’un des artistes ose demander un contrat, il va être évincé au profit d’un autre peintre, ou sculpteur, faisant lui aussi la queue et ne demandant qu’à être exposé, même si cela implique de ne pas protéger son travail au regard de la loi. Encore aujourd’hui, cela fonctionne majoritairement de cette façon, même si certains pays ont des règles de plus en plus fermes, justement en raison de fraudes massives et perpétuelles ».

En août 2004, la galerie anglaise commence à recevoir quelques œuvres sur accord commun et le 19 octobre, Richard Barton informe Tay Dall de sa première vente ; elle ne recevra cependant le paiement que le 18 décembre. Au 3 novembre, le couple Richard-Liz détient déjà un total de 63 œuvres de l’artiste sud-africaine. 

Un détournement progressif

Très peu de temps après, celle-ci reçoit un appel de Richard, demandant s’il est possible d’envoyer certaines de ses œuvres dans la galerie de Marbella, en Espagne. Tay Dall accepte, demandant cependant d’avoir la liste détaillée de ce qui sera envoyé à Liz. Ce n’est qu’en juin 2005, après de nombreux appels, facsimilés et courriels restés sans réponse qu’elle obtiendra la fameuse liste, notant par la même occasion que sept de ses œuvres ne sont listées dans aucune des deux galeries.

Apprenant par des tiers que plus de cinq de ses peintures ont été vendues sans qu’elle en soit informée – ni payée donc – elle décide d’approfondir ses recherches et découvre, en parvenant à contacter le fils de Richard, que la galerie de Londres a fermé il y a déjà quelques temps et que toutes ses peintures ont été déplacées à Madrid. Prise entre ses obligations en Afrique du Sud, son travail quotidien et sa famille, l’artiste a de plus en plus de mal à contacter le couple et, lorsqu’elle y parvient finalement, réalise que le discours sur l’état et le lieu des œuvres change sans cesse selon l’interlocuteur.

Inquiétée de ne pas avoir été prévenue du transfert intégral de ses œuvres d’un pays à l’autre et de la raréfaction de leurs communications, elle décide donc de récupérer toutes ses peintures, même si cela implique un rapatriement à ses frais.  Elle demande également le paiement des œuvres disparues (vendues?) sans qu’elle en soit informée. De tours de passe-passe en mensonges grandiloquents, elle apprend que le couple serait en instance de divorce et les œuvres dans l’impossibilité d’être rapatriées puisque le patrimoine commun au deux époux serait gelé… or les œuvres n’appartiennent ni à Richard ni à Liz. Dès lors et de nouveau, Tay Dall se trouve dans l’impossibilité de les joindre, le couple filtrant toutes ses communications.

Du temps, de l’argent… et des escrocs professionnels

Depuis février 2005, Tay Dall n’a plus reçu aucun paiement et à la fin de cette même année a du stopper toute communication, n’aboutissant à aucun résultat, faute de temps et 

Volé – Connected thread

de moyens. La somme de ses œuvres détenues à l’étranger s’élève à 1,2 million de Rand et celle des œuvres vendues est estimée approximativement à 12.000 Livres Sterling. Après avoir consulté plusieurs avocats, d’Afrique du Sud et de l’étranger, la conclusion reste la même : il faudrait au moins dix ans pour achever un tel procès – puisque trois pays au minimum sont concernés – sans garantie de retour des œuvres évidemment. Si l’artiste du Cap a fini par abandonner les recherches par manque de temps et l’obligation de poursuivre dans son art – sa seule source de revenue –, elle n’en reste pas moins convaincue que le couple devrait être inquiété : « C’est une question de principe. S’ils ne sont pas arrêtés, ils recommenceront, tout simplement ». Ainsi, sur son site web régulièrement consulté (www.taydall.com), elle relate une partie de l’ « Affaire Barton » qui lui permet d’avoir de réguliers courriels qui confirment la réputation du couple, ou fournissent des données nouvelles sur celui-ci, souvent trop maigres pour aboutir à un résultat concret. 

Ainsi, il y a un an, l’artiste reçoit le courriel d’une certaine Laura (le nom a été changé) qui raconte, entre autres, à Tay Dall : « Je ne sais pas par où commencer ! […] J’ai surpris une conversation entre Dick et Liz à votre propos et fais des recherches de mon côté pour découvrir votre histoire d’œuvres volées […] L’homme est complètement fou comme vous l’avez sûrement deviné, et s’ils sont bien divorcés, ils sont toujours en partenariat en Espagne et se présentent comme mari et femme». Laura informe également qu’après une relation de quatre ans et demi avec Richard, elle a eu un enfant de lui qui a alors deux ans et demi, et que le père refuse de payer les pensions qui lui sont obligatoires. La femme se heurte au même problème de communication après l’avoir convoqué devant la justice. Il y a peu, un jeune homme contacte également Tay Dall, se présentant comme l’ex petit-ami de la fille de Richard et explique : « l’histoire s’est très mal terminée. […] Je me suis aussi rendu compte que Liz et Dick étaient de vrais escrocs, vous n’êtes pas la première à qui cela arrive je pense. […] J’ai entendu qu’ils avaient récemment fermé la galerie de Marbella et sont partis à Dubaï. Je vais essayer de faire plus de recherches pour voir si je peux confirmer cette information »

A Hermanus le mois dernier, Le Petit Journal a contacté le dernier numéro en date de ladite galerie et, après un court échange en espagnol, s’est vu expliqué que ce numéro aboutissait à une ligne privée, non une galerie, confirmant au moins la fuite du couple vers de nouveaux horizons. Aujourd’hui, soit plus de six ans après les faits, l’histoire reste irrésolue. 

Si vous avez une information à fournir au regard de cette affaire ou avez aperçu l’un de ses tableaux en dehors des frontières sud-africaines (http://www.taydall.com/VIEWING%20FOYERS/VIEWING%20ROOM%20SPAIN.html)
n’hésitez pas à contacter LePetitJournal à melina.huet@lepetitjournal.com
 ou l’artiste directement à tayd@hermanus.co.za.

Mélina Huet – publié sur www.lepetitjournal.com/johannesbourg.html – le lundi 14 mars 2011

Consulter l’article directement sur le site

 

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