«Peindre un mur, c’est une déclaration politique en soi»

Viktor Gjengaar, 32 ans, est un touche-à-tout. Derrière le polyglotte, l’actuaire et le sportif, se cache un passionné de « street art ». En mars 2012, il crée Urban Samtidskunst, une association qui vise à promouvoir l’art de rue dans sa ville d’origine, Oslo.

Qu’est ce qu’Urban Samtidskunst et pourquoi ce projet ?

Urban Samtidskunst signifie “art urbain contemporain”. En 2012, c’est l’art mural que j’ai choisi de promouvoir, car Oslo offre de nombreux terrains de jeu dans ce domaine. J’avais fait un pari risqué : parvenir à négocier avec de potentiels partenaires, mais seulement si nous avions quelque chose d’intéressant à proposer. J’ai alors mis mon propre argent sur la table.

« Tout le monde n’a pas la chance de pouvoir modeler l’espace public comme il le souhaite »

Le pari a réussi. Preuve que ne pas attendre les investissements pour commencer à peindre était une bonne idée. On a maintenant des partenaires qui financent les nacelles permettant de peindre en hauteur et les produits eux-mêmes, qui coûtent cher. Il a fallu obtenir de nombreuses autorisations de la part des propriétaires d’immeubles, consulter les agences adéquates, tout comme les autorités, vérifier l’historicité de certains bâtiments, etc. Un processus assez long. Les artistes ont été plus faciles à convaincre : ils n’étaient jamais venus à Oslo : c’était exotique pour eux !

Vous vous définissez comme un « entrepreneur social », qu’entendez-vous par là ?

C’est quelqu’un qui mesure les résultats différemment qu’un simple collectionneur. Je me suis dit: « Oslo a énormément de murs et je connais beaucoup d’artistes, alors montrons au public un autre visage du graffiti et de l’art urbain ». Il s’agissait de promouvoir quelque chose de moins éphémère aussi – comme le muralisme, qui a une longue histoire. Mon outil de mesure est le plaisir du public, c’est en cela que je me considère entrepreneur social. J’ai aussi un plaisir personnel à façonner la ville et à représenter un mouvement qui est une alternative à la publicité, aux murs gris et à la scène artistique élitiste.

Cette initiative norvégienne est-elle possible ailleurs, en France par exemple ?

Bien sûr. Nous ne sommes qu’une petite partie d’un mouvement global où tout le monde a un rôle à jouer. Pas de conservateurs, ni d’experts : les gens partagent ce qu’ils aiment à travers les réseaux sociaux, tout simplement. Si nous travaillons aussi avec les médias publics, c’est que les décideurs passent par là…

Ce mouvement est à la croisée des cultures. Si vous avez un passé dans le graffiti, vous avez forcément l’habitude de voyager. Tout est collectif : vous allez quelque part et vous accrochez avec des locaux qui vous font visiter, qui vous hébergent. Nos artistes ne dormaient pas à l’hôtel ! C’est donc bien plus qu’une peinture sur un mur: c’est une expérience complète.

En ce qui concerne la France, un de mes amis artistes travaille actuellement avec le maire du 13e arrondissement de Paris sur un programme muraliste. C215, de son côté, est un pochoiriste qui gère son asso depuis Vitry-sur-Seine où il invite de nombreux artistes. Les Français sont très avant-gardistes dans ce domaine, tout comme la Pologne et la Norvège. Ici nous avons Nuart, sans doute le plus célèbre et le plus respecté des festivals de « street art » dans le monde. D’ailleurs, j’y suis convié cette semaine et j’y répondrai présent. 

Mélina Huet

 Article publié sur le site d’information Press-on

Crédits photo: Urban Samtidskunst

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Facebook fan page ==> Urban Samtidskunst

Festival Nuart (en anglais) 

C215

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Comments
8 Responses to “«Peindre un mur, c’est une déclaration politique en soi»”
  1. Free Tag Zone dit :

    Excellent article!
    J’aimerais en faire écho sur nos blogs internationaux « Voyage en éphémère » et « Graffs en capitales »
    http://voyageenephemere.wordpress.com
    http://graffsencapitales.wordpress.com
    A bientôt,
    Eric

    • Merci Eric! C’est ok pour moi! Si tu utilises les photos d’Urban Samtidskunst, je te propose de demander l’autorisation directement à Viktor Gjengaar ou ses amis (comme C215)
      Mais en tout cas, tu as mon feu vert! ;-)

      A bientôt,

      Mélina

    • melinahuet dit :

      d’Urban S;? Non aucune. Je n’étais pas à Oslo pour l’interview

      • Free Tag Zone dit :

        ou bien d’autres street art ou graffiti d’ici ou d’ailleurs?

      • melinahuet dit :

        C’est en cours d’accumulation. Pour le moment je n’ai pas trop le temps, mais dès que j’en aurai plus j’ai prévu de faire des shootings au cours Ju à Marseille (j’habite pas loin de la cité phocéenne)
        Pour le moment je n’ai que deux photos de métro à Rome et celles de street art que j’avais prises à Jo’burg ont disparu
        ça fait des semaines que je tente de remettre la main dessus…

  2. D’ailleurs je fais mon mea culpa! C215 n’a pas été arrêté, il a délibérément joué sur les mots pour faire croire à tous ses « fans » facebook qu’il était emprisonné
    En fait, il a bel et bien passé une journée en prison au Portugal… mais parce qu’on lui a demandé d’y peindre un mur, dans le but de fêter le 40e anniversaire de la fermeture de cette prison

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