ANECDOTE DE TOURNAGE – Petit hommage à une fixeuse pas comme les autres

En novembre 2013, je partais avec ma binôme en tournage en Bretagne pour HUMAN

L’occasion pour moi de rendre un petit hommage à ceux ou celles qui travaillent dans l’ombre. En l’occurrence à Michelle, l’adorable boulangère sans qui nous n’aurions pu organiser ce tournage d’interviews

Anecdote de tournage : Degemer mat e Breizh

Degemer mat e Breizh – Petit hommage à une fixeuse pas comme les autres

« Un croissant et une baguette, très bien ! Ce sera tout ? ». 

Marine et moi sommes dans la boulangerie de Josselin, en Bretagne. C’est dans cette ville morbihannaise que nous passerons les cinq prochains jours, en compagnie de Michelle, la propriétaire d’un lieu qui sent bon le pain et les viennoiseries.  Celle qui aime à s’appeler modestement « la femme du boulanger » est une véritable magicienne : elle se donne pour objectif invariable de donner la ‘banane’ aux bougons qui se dirigeraient vers son magasin. Et ça fonctionne ! En l’espace de quelques minutes, nous constatons avec joie – et une certaine nostalgie à mettre sur le compte du train de vie parisien – que Michelle rend le sourire à tous ses clients, même les plus maussades. Qu’il s’agisse d’habitués ou de parfaits inconnus d’ailleurs.

Michelle, notre contact sur place. © Marine Ottogalli / Humankind Production

Michelle, notre contact sur place.
© Marine Ottogalli / Humankind Production

 

Ce que certains ne savent pas encore, c’est que cette commerçante d’exception jouera, le temps d’une semaine, un rôle fondamental pour le bon déroulement de notre tournage. La boulangère, qui connaît ‘le tout Josselin’ nous met en relation avec nos futurs interviewés. Elle endosse ainsi le rôle du « fixeur », cet homme ou cette femme de l’ombre souvent sans statut, et pourtant sans qui les tournages prévus – en France comme à l’étranger – n’auraient jamais lieu… ou du moins rarement dans d’aussi bonnes conditions. C’est l’allié(e) indispensable du journaliste, de l’assistant réalisateur, en bref, de l’équipe de tournage qui débarque dans un endroit mé- ou inconnu, pour aller chambouler le quotidien de ses habitants. Certes, nous ne sommes ni à Homs ni à Bangui, et Michelle n’a pas comme mission de nous protéger des éventuelles exactions d’une foule en colère. Mais l’érosion de la confiance en les médias a fait son bout de chemin… et rares sont ceux qui souhaitent se prêter à l’exercice du témoignage face caméra.

Elle est donc l’interface indispensable entre notre équipe de tournage et la population locale. Le moins que l’on puisse dire, c’est que ce n’est pas chose facile. C’est dans cette commune que nous redécouvrons un trait de caractère parfois oublié, souvent négligé : l’humilité. Défilent en effet devant nos yeux de nombreux hommes et femmes refusant de s’adonner à l’exercice car persuadés de « n’avoir rien à dire d’intéressant », de n’être « qu’un tout petit rien dans ce grand monde ». Et là encore, c’est Michelle qui prend le relai et qui sait trouver les mots justes pour convaincre quelques personnes de passer un peu de leur temps avec nous, et nos effrayantes caisses de matériel cinéma.

Finalement, la confiance nécessaire s’installe et le cercle vertueux pointe le bout de son nez. Une, deux… quatre… sept… douze personnes viennent successivement se livrer devant l’objectif, pour nous raconter leur quotidien à l’usine, l’importance qu’ils accordent à leur famille, les choix de vie qui les ont conduits là où ils sont désormais, leurs rêves les plus fous, leurs ambitions secrètes… parfois soufflées, exprimées à demi-mot.

Michelle et Fabrice, son mari. © Marine Ottogalli / Humankind Production

Michelle et Fabrice, son mari.
© Marine Ottogalli / Humankind Production

 

Puis vient le tour d’interviewer Michelle. Sans surprise, c’est elle qui nous parle le mieux de cette confiance, acquise au fil des années. Vingt-cinq ans même, à partager des confidences et à faire naître des amitiés : « j’ai découvert cette profession par hasard, parce que quand on épouse un boulanger… et bien on devient boulangère ! Ce qui me plait, c’est de donner de bonnes choses aux gens, de les voir repartir avec le sourire. La relation qu’on peut avoir avec certaines personnes est formidable. Ce n’est pas seulement un échange client/vendeur. C’est plus que cela. Les gens nous confient plein de choses! Après… c’est à nous d’être de vrais confidents… « confidentiels ». On connaît leurs petits soucis, leurs petits bonheurs, les membres de leur famille. Ils nous accordent leur confiance, et c’est quelque chose que l’on doit mériter ».

C’est finalement ce même sentiment qui nous aura conduites, Marine et moi, à rencontrer tous ces gens dont nous n’oublierons ni le parcours de vie, ni la force et l’humilité qui les caractérisent.

 

© Marine Ottogalli / Humankind Production

Mélina en pleine interview
© Marine Ottogalli / Humankind Production

 

Originellement publié sur le blog du site HUMAN

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