Article de Courrier International d’après mon interview de Francis Fukuyama
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Article de Courrier International d’après mon interview de Francis Fukuyama
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Près de cinq ans après la crise qui a conduit à la faillite de Lehman Brothers, qui a profondément ébranlé le système financier des économies développées, les traces du choc subi sont encore profondes et le financement de l’économie continue d’en être affecté, dans diverses régions du monde. Comment améliorer le fonctionnement de nos systèmes financiers ? C’est la question délicate à laquelle se sont attelés les intervenants de cette session.
Les grands principes. Pour financer une économie, nous rappelle l’économiste Anton Brender, il faut deux éléments aux deux bouts d’une même chaîne. D’un côté, des gens qui dépensent moins que ce qu’ils gagnent. De l’autre, une demande d’acteurs qui acceptent de s’endetter, avec bien sûr l’assurance de rembourser à plus ou moins long terme. Et puis il y a un troisième acteur, qui prend les deux bouts de la chaîne en charge : les systèmes financiers, dont la mission principale est de canaliser l’épargne mais aussi de gérer et d’apprécier les risques liés à ces opérations. « Pourquoi ces systèmes financiers sont ils aussi fragiles ? Parce qu’on mélange deux matériaux corrosifs : de l’argent et des risques », introduit Anton Brender. Des risques mal appréciés ces dernières années, de l’avis de tous les intervenants.
Le rôle des banques. Logique défenseur du système bancaire, Baudoin Prot, Président du groupe BNP-Paribas, souligne qu’ « il y a 8 000 banques en Europe et [que] les banques françaises jouent un rôle fondamental dans le financement de l’économie ». Pour Rémy Weber, qui va également dans ce sens, les banques françaises sont performantes quant au financement des entreprises, surtout les moins grandes : « les PME se financent encore énormément auprès des banques ». Il met en avant la proximité entre celles-ci et les petites structures cherchant à emprunter : « quand vous rencontrez des difficultés, vous êtes bien content quand votre banquier vous connait depuis des années et a connaissance de votre parcours, alors que quand il y a plein d’acteurs en jeu, dont vous dépendez, c’est plutôt rare d’être compris ».
L’accès des entreprises aux financements. Comment faciliter l’accès des TPE et PME au marché en finançant leur insertion ? C’est la question que pose Jean-Pierre Jouyet, Directeur général de la Caisse des Dépôts. L’entreprise doit déjà avoir des ressources pour pouvoir être financée. Cela ne semble donc pas dépendre de cette institution financière publique, mais plutôt des entreprises elles-mêmes. « Les infrastructures doivent être compétitives également. Or, celles-ci sont insuffisantes en France et même au niveau européen, que ce soit à moyen ou à long terme », dénonce le haut fonctionnaire. Et Dietmar Bahr, de la Johannes Fuehr – institution qui s’occupe de la gestion obligataire en Allemagne – de poursuivre en citant l’exemple allemand, dont la plus grosse force de travail est concentrée dans les PME, et non dans les grandes entreprises, contrairement à ce qui est communément admis.
Maîtrise des risques. Comment prévenir la prise de risques excessive sans entraver celle nécessaire ? Selon Baudoin Prot, cela passe par le renforcement des règles financières dans le secteur bancaire français et par un effort de mise en réserve. Quant au « shadow banking » (la banque de l’ombre) évoqué en introduction par l’économiste Anton Brender, monsieur Prot estime qu’il ne représente pas, en Europe du moins, un risque à l’heure actuelle. Contrairement à la Chine ou aux Etats-Unis, deux grandes puissances où le problème de la régulation se pose.
Le sujet fondamental du financement de l’économie, à l’heure où les crises systémiques laissent encore des traces sur les systèmes financiers, semble toujours aussi difficile à aborder. Si l’utilité des banques, le rôle de la caisse des dépôts, ou même des actionnaires – en la personne de Georges Terrier – ont été débattus, quelques questions sont restées sans réponses, comme l’avenir du crowd-funding dans le financement de l’économie, pourtant évoqué par un jeune entrepreneur lors du débat final.
Mélina Huet
Publié sur: http://www.lecercledeseconomistes.asso.fr/session-13-financer-l-economie,1283
Image à la une: Pixabay/ CC Geralt

La Revanche de la nature, « c’est la session la plus importante des rencontres. Celle au titre le plus provocateur aussi », introduit avec audace l’économiste Jean-Marie Chevalier. Les défis sont nombreux. En 2050, il y aura 2 milliards de personnes en plus à accueillir sur la terre. A nourrir aussi.
Changement climatique versus or bleu. « Le plus gros challenge du XXIe siècle sera celui du changement climatique » affirme Antony Turner, PDG de Carbon Visuals, une entreprise qui propose de rendre visible ce qui est invisible : notre empreinte carbone. Pour Jean Louis-Chaussade, DG de Suez environnement, c’est pourtant loin d’être le plus grand défi écologique actuel : « non, le XXIe siècle sera celui de l’eau, ou plutôt de la disponibilité de l’eau ». Selon lui, d’ici à 2030 ou 2040, 50% de la population mondiale vivra des périodes de stress hydrique. La solution ? Des consensus, dont le plus important devra concerner la gestion des usages de l’or bleu.
Un sujet qui divise : le nucléaire. Pour Pierre Gadonneix, président du Conseil Mondial de l’Energie (WEC), le constat récent le plus rassurant est qu’il y a plus de ressources énergétiques fossiles que ce que l’on aurait cru. Ce qui est à la fois une bonne et une mauvaise nouvelle, car on a tendance à se reposer sur ce constat au lieu d’agir – en conciliant court et long terme, rappelle l’ancien polytechnicien. Or il faut décarboner. Comment ? En associant capture des émissions de CO2, mise en avant des énergies renouvelables et… nucléaire. Il s’agit là d’une réponse à son voisin, Philippe Germa (DG de WWF France), qui venait de crier sa hantise de ce type d’énergie, représentant de trop gros risques selon lui. « Il faut bien que je donne mon point de vue ! » a-t-il répliqué, face à la désapprobation de Luc Oursel (AREVA). Sans surprise, ce dernier a effectivement fait écho à Pierre Gadonneix : « Le nucléaire n’est pas incompatible avec le développement des énergies renouvelables. Évidemment, on mettra un point d’honneur à repenser la sûreté en fonction des expériences passées, comme Fukushima ».
De la nécessité d’investir dans la Recherche et le Développement (R&D). Ce besoin, lui, semble faire l’unanimité. Xavier Beulin, président de la Fédération nationale des syndicats d’exploitants agricoles (FNSEA), qui promeut une économie circulaire, refuse que celle-ci fasse référence au passé. S’il faut miser sur la R&D, selon cet agriculteur, c’est qu’elle a déjà fait ses preuves. L’informatique embarquée, par exemple, permet de faire des économies – et de l’écologie –, en incitant ses confrères à apporter la bonne dose de produits au bon moment, là où c’est utile. Quant à Luc Oursel, il est également favorable à une plus grande part des grands programmes de R&D dans les budgets européens.
L’Europe au cœur du débat. « Elle n’est pas parvenue à mettre en place une politique énergétique commune. Ce qui est un paradoxe, puisque la naissance de l’Europe, c’est la CECA, basée précisément sur l’énergie ! ». C’est la sentence de Pierre Gadonneix, repris plus tard par Luc Oursel, qui souhaite un programme européen commun concernant les questions énergétiques. Jean-Marie Chevalier, qui se fait le chantre de l’europtimisme en conclusion de la session, juge la critique trop dure : « tout reste à faire […] il faut y croire ».
Finalement, le débat sur la Revanche de la nature a « quelque chose de rassurant », conclut-il. On a un sursis : il nous reste plus de ressources non renouvelables que ce que l’on imaginait il y a quelques années. Là où le titre trouve sa justification en revanche, là où l’on ‘‘frissonne’’, c’est lorsque l’on s’aperçoit que les énergies fossiles se financent sans problème alors que les économies d’énergie, elles, restent sur la touche. La question de Bo Frank, maire et père de Växjö, la ville « la plus verte du monde » – selon ses propres termes –, prend alors tout son sens : « quelle valeur a l’argent… quand on ne peut pas respirer ? ».
Mélina Huet
Article publié sur: http://www.lecercledeseconomistes.asso.fr/session-6-la-revanche-de-la-nature,1291
Image à la une: © Cercles des Economistes

A deux ans de la fin des Objectifs du Millénaire pour le Développement (OMD), l’économiste Pierre Jacquet s’interroge sur l’existence même de ce concept. Vaste sujet. Si selon lui, on dit toujours qu’ « il faut » aider les pays les plus pauvres, on ne dit jamais « comment ». Lors de cette session, les intervenants ont abordé de nombreuses questions : le ou les modèles à adopter, les risques liés au développement et les chemins pour y parvenir.
Définir un modèle de développement. Est-ce même possible ? C’est la question posée par un étudiant lauréat du concours Inventez 2020, anecdote à l’appui : « Un ingénieur Bangladais nous avait marqués quand nous parlions avec lui des OMD. Il disait : ‘‘notre objectif ? ce n’est pas de vivre comme vous : c’est de vivre mieux que vous’’ ». Y’a-t-il un seul modèle, souvent défini par les pays occidentaux, qu’il faudrait atteindre ? Ou existe-t-il plusieurs formes de pays développés ? Selon Pierre Jacquet, « ce n’est pas aux occidentaux de fixer les modèles. Il faut promouvoir la Recherche dans les pays en développement pour qu’ils trouvent eux-mêmes les leurs. C’est la base du consensus social, c’est l’ownership ».
Nourrir et éduquer le monde. La clé de la croissance réside dans l’amélioration de l’accès aux capitaux humains, que sont l’éducation et la santé. C’est du moins l’avis de Nora Lustig, économiste argentine. Une position partagée par Esther Duflo, professeure au MIT et conseillère de Barack Obama sur les questions de développement : « Pour participer de la croissance, la base, c’est la santé. C’est quand même mieux si on n’est pas mort à l’âge de cinq ans ! […] Puis vient l’éducation, nécessaire pour contribuer au développement de son pays ». Et quand on lui demande, question audacieuse, comment nourrir le monde aujourd’hui, elle répond avec énergie que ce n’est pas une question de production – il y a assez de tout et pour tout le monde – mais de répartition. Selon elle, on pose d’ailleurs trop souvent la question de la sous-nutrition plutôt que celle de la malnutrition, alors que le problème est davantage celui de la qualité que celui de la quantité.
Développement : entre opportunité et risque. Du développement naissent aussi des tensions. Mustapha Nabli, ancien gouverneur de la Banque Centrale de Tunisie durant le Printemps Arabe, fait partie des économistes les plus à même d’en parler. Il exprime cette difficulté à piloter les urgences quand le Moyen Orient offre aussi peu de visibilité politique sur le long terme. A la question de la temporalité s’ajoute celle de la classe moyenne : une classe formée, éduquée, employable mais sans emploi, en froid avec sa classe politique. L’indicateur « éducation » n’est donc pas suffisant. C’est ce que rappelle Abdoul Salam Bello, du Nouveau Partenariat pour le Développement de l’Afrique (NEPAD) : « Les indicateurs OMD montrent que d’ici à 2015, nombre de pays africains auront au moins atteint le premier objectif concernant l’éducation. Mais dans le même temps l’Afrique subsaharienne est l’une des dernières régions du monde à entrer dans la transition démographique. Cela représente des opportunités, mais aussi des risques ». L’opportunité, c’est cette cohorte de jeunes qui arrivent sur le marché de l’emploi, en situation d’employabilité, notamment grâce à l’amélioration des systèmes éducatifs. Le risque, c’est le manque de structures suffisamment ancrées pour les employer. En ce sens, l’analyste financier se rapproche des théories de Lionel Zinsou, présent dans la salle, et Francis Fukuyama, deux des contributeurs de la session inaugurale des Rencontres.
La révolte des classes moyennes. Le meilleur exemple reste celui de la Tunisie, qu’Abdoul Salam Bello reprend aussi dans son exposé : « Regardez ce pays, il a les meilleurs indicateurs de développement du continent. Or le système tunisien sous le régime de Ben Ali a failli. Pourquoi ? Parce qu’on a omis deux types de besoins : ceux démocratiques… et ceux des jeunes ». Selon lui, le développement n’a pas une temporalité, n’est pas « une séquence », il est bien plus compliqué que cela : « dans le développement il y a plusieurs vitesses, ‘‘horloges’’ différentes », a-t-il conclu, en reprenant la formule employée le matin même par le physicien Etienne Klein.
Cette session, mêlant les questions du temps, des transitions et d’une classe moyenne toujours plus importante dans le débat économique, fut un véritable écho à la session inaugurale sur Le choc des temps.
Mélina Huet
Publié sur: http://www.lecercledeseconomistes.asso.fr/session-3-les-temps-du,1295
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Deux événements, pourtant si anecdotiques diront certains, ont constitué un bouleversement dans ma vie de femme. Le premier a eu lieu alors même que je n’étais qu’une petite fille. Dans la salle de bain, ma sœur – de neuf ans mon aînée – m’expliquait à quel point le combat avait été rude pour l’obtention du droit de vote, et que jamais je ne devrai bouder les urnes. La majorité atteinte, pas une seule fois je n’ai donc oublié de faire entendre ma voix, peu importent les distances, la couleur du ciel ou encore l’échelle du vote[1]. Quelques années plus tard, mon chemin croisait celui de Daisy Dourdet, lors de la désormais célèbre journée internationale des droits des femmes (et que, par pitié, je vous saurai gré de ne pas renommer « Journée de la femme[2] » !). Cette dernière rencontre m’a fait prendre conscience très tôt que se faire une « bonne » place dans le monde du travail allait être un combat au quotidien. Mais quel combat ! Un challenge stimulant, forçant la volonté et obligeant à redoubler d’inventivité, mais également épuisant parfois.
Alors pourquoi le fait d’être une femme serait un handicap au leadership ? A cette « aptitude à diriger », comme diraient plus justement nos amis outre-Atlantique. Parce que beaucoup ont simplement décidé que c’était un fait, avant d’être la conséquence de nombreux maux qui nécessiteraient la rédaction d’un article à eux seuls. Des maux qui rongent assurément notre société mais surtout notre conception de la répartition des rôles au sein de cette dernière – pour l’énumération des causes, je ne doute pas que les commentateurs/trices s’en donneront à cœur joie, avec plus ou moins de justesse selon les personnes (je n’ai pas dit selon le sexe).
Et j’en viens à ce qui nous intéresse donc, à savoir le titre de cette chronique. Give1Project organise occasionnellement les Give1Talks, des conférences sur des sujets touchant au leadership, en l’occurrence le 28 mars à la mairie du XVe, au leadership « au féminin ». Loin des organisateurs l’idée de sexuer le débat de façon stigmatisante voire « victimisante », cette piqûre de rappel (le leadership au quoi ? au féminin ?), s’est avérée salvatrice. Encore davantage parce qu’elle ne s’est précisément pas déroulée le 8 mars. Vous savez, cette journée où tout le monde parle des problèmes d’inégalités des sexes, comme pour se justifier temporairement de ne rien faire ou même dire, le reste de l’année – un reproche que j’adresse aussi bien aux hommes qu’aux femmes.
Le leadership au féminin est donc ce soir là célébré par cinq invitées de marque, toutes différentes, qui font figures de modèles pour nombre d’entre nous – hommes inclus – : Sally Bennacer, à la tête d’une Très Petite Entreprise (TPE) spécialisée dans la vente et la pose de stores et de volets ; Audrey Pulvar, que l’on ne présente plus[3] ; Sihem Souid, chargée de mission au Ministère de la justice ; Laurène Bounaud, Directrice de l’association Humanity in action France ; et enfin Lydia Guirous, fondatrice de l’association Future au féminin, à l’origine de la cellule SOS harcèlement sexuel à l’APHP, et responsable UDI Paris.
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En citant en introduction Angela Davis, Sophie Elizéon, déléguée interministérielle pour l’égalité des chances des Français d’Outre-mer, donne le ton : « Les murs renversés deviennent des ponts ». Car c’est bien de cela qu’il s’agit : de renverser ces murs et de s’en servir pour passer de l’autre côté, dans ce monde où l’ensemble des individus n’a pas besoin de journée internationale pour exister.
Relaxée très récemment, après avoir été poursuivie pour violation du secret professionnel en publiant Omerta dans la police en 2010, Sihem Souid, fait partie de ces femmes qui ne s’embarrassent pas ou peu de phrases alambiquées et vont directement au bout de leur pensée : ce n’est pas parce que l’on est une femme que l’on doit céder aux pressions et reculer face à ses idéaux. C’est aussi simple que ça. Quant à Lydia Guirous, elle ne mâche pas non plus ses mots. En mettant en avant le vide juridique qu’avait laissé l’abrogation du délit de harcèlement sexuel par le Conseil Constitutionnel en 2012, elle explique la naissance du numéro vert et de la cellule SOS harcèlement sexuel : « J’en ai été victime. Par un pauvre con. Mais j’avais pas non plus envie de rentrer dans la rhétorique stérile ‘‘toutes les femmes sont des victimes, tous les hommes sont des bourreaux’’. Il ne faut pas rentrer dans le cercle de la victimisation ».
C’est sur cette perception de l’autre et de soi-même que rebondit Laurène Bounaud. Cette dernière n’hésite pas à avouer que parler de soi à give1talks lui avait d’abord paru un brin stupide : « je ne comprenais pas que mon parcours puisse avoir de l’intérêt. L’asso oui, mais moi… ». C’est le regard de l’autre, en l’encourageant, qui lui fait franchir le pas, et reconnaître que son expérience peut être exemplaire : «lorsque je me suis engagée en politique, j’ai été valorisée par l’adjoint au maire à la jeunesse du XIXe ». Elle revient au thème du leadership et aborde la notion de pouvoir : « le pouvoir, ce n’est pas dire ‘‘je l’exerce et je profite de mes privilèges’’ mais plutôt prendre conscience que je suis capable et que j’ai effectivement ce pouvoir en moi, qui ne demande qu’à sortir ». Une notion d’empowerment en somme.
En respectant l’ordre d’arrivée, Audrey Pulvar boucle donc le temps de parole, en commençant par une anecdote personnelle : « Malgré mes bonnes notes, mes profs ont dit à mes parents que mon niveau ne me permettait pas de continuer dans la filière générale. Ils les ont poussés à m’inscrire dans celle professionnelle en insistant sur le fait qu’il fallait me propulser au plus vite dans la vie active, sans quoi je n’arriverais à rien ». Et la jeune femme a bien fait de tenir, puisqu’elle est parvenue à intégrer l’ESJ de Paris, touchant ainsi son rêve du bout des doigts : devenir journaliste, « et si possible une bonne journaliste » précise-t-elle. Et d’ajouter, en souriant : « J’ai encore du chemin à parcourir ». Elle réaffirme ensuite, sans doute en référence à son actualité récente, qu’ « on n’a jamais fini de faire ses preuves ».
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«Il faut être dans une logique d’affirmation, pas de revendication. En face de mes potentiels employeurs, je m’affirme, point. Pas besoin de lamentations

[…] C’est assez incroyable parce que dès qu’une femme a des responsabilités (et les exerce), c’est forcément une hystérique ou un dictateur en jupon !» s’exclame l’animatrice de D8.
Une remarque qui déclenche les rires et les applaudissements de la salle, comme l’approbation unanime d’une situation par trop de fois observée, voire vécue.
Au-delà des anecdotes, cette soirée pose plus largement la question de l’identité. Est-ce que je me définis avant tout comme une femme, une épouse, une mère, ou est-ce que je me présente d’abord en mettant en avant ma profession, mon parcours universitaire, le milieu dont je suis issue, les épreuves que j’ai surmontées, mon éventuelle autodidactie ?
Il ne s’agit pas ici de prétendre que l’affirmation de telle ou telle identité vaut mieux qu’une autre, mais d’avoir en tête cette phrase de Laurène Bounaud lorsque l’autocensure approche sournoisement, à pas feutrés : « le pouvoir est en nous tous, il faut juste le libérer ; il faut aussi avoir un entourage qui puisse nous outiller ».
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Mélina Huet
Oh, et puis flûte, parce qu’il faut bien aborder quelques causes à ce « plancher collant » auquel se heurtent de nombreuses femmes…. sinon je vais avoir l’impression de n’avoir fait que soulever des questions sans apporter ne serait-ce que des ersatz de réponses. Et aussi parce que ces causes (évitables !) ont été évoquées en filigrane tout au long de la conférence :
« Si l’on tient compte des différences de statut d’emploi (cadre, employé, ouvrier), d’expérience, de qualification (niveau de diplôme) et de secteur d’activité (éducation ou finance) environ 9 % de l’écart demeure inexpliqué.
Cette différence de traitement se rapproche d’une mesure de la discrimination pure pratiquée par les employeurs à l’encontre des femmes »
[1] Je rappelle à ce propos à tous mes concitoyens qu’au-delà de l’élection présidentielle et de celles législatives, existent les élections régionales, municipales, cantonales et européennes, trop souvent boudées des Français.
[2] Songez-y l’espace d’une minute : quel genre d’ânerie que cette journée sur 365 (voire 366) qui fêterait exceptionnellement l’existence de… 50% de la planète. A ce propos, lire l’article de Francetv info, dont la conclusion me laisse pantoise (il démarrait pourtant bien)
[3] Souvent à tort. On oublie ainsi souvent qu’Audrey Pulvar est sortie majore de promotion de l’Ecole Supérieure de Journalisme (ESJ) de Paris. Avant d’être la « femme de » …
[4] Page 12. Attention aux yeux, ça pique. Etude du 28 février 2013 du Conseil économique, social et environnemental : http://www.lecese.fr/sites/default/files/pdf/Etudes/2013/2013_09_femmes_precarite.pdf
Dynamique issue de la société civile, Je Veux l’Europe a décidé de marquer les esprits pour son lancement officiel, le 23 janvier dernier. Prolongement naturel de la campagne allemande Ich Will Europa, l’e-initiative française a choisi la tribune de l’ESCP Europe, au lendemain du cinquantenaire du Traité de l’Elysée, pour proposer un débat sur l’amitié franco-allemande. C’est donc autour d’une symbolique forte que Je Veux l’Europe a pris son envol national, avec un objectif principal : réanimer le sentiment européen.
Lire la suite « L’e-initiative Je Veux l’Europe est officiellement lancée »
Alors qu’il partait à égalité avec ses rivales Barcelone et Gênes, le port de Marseille a perdu le tiers de sa part de marché en termes de trafic global depuis 1990. Mais la crise du Port de Marseille semble avoir pris fin en ce début d’année 2013, un an après la mise en application d’une réforme globale des ports français et l’arrêt des conflits sociaux qui freinaient la compétitivité du port phocéen.
André Cartapanis dirige le Master « Affaires Internationales » à l’Institut d’Etudes Politiques d’Aix-en-Provence et est membre du Cercle des Économistes Il a accepté de nous éclairer sur « Les pays du club Med », cette formule dont les journaux raffolent pour qualifier certains pays de la zone euro.
La 21e édition de « 16 jours d’activisme contre les violences faites aux femmes » débute aujourd’hui mondialement, et prendra fin le 10 décembre. Créée en 1991 par le Centre for Women’s Global Leadership (CWGL)[1], cette campagne internationale est encore très largement ignorée des médias. Les deux dates entourant l’initiative n’ont pas été choisies au hasard. Il y a déjà soixante-deux ans, l’ONU déclarait le 10 décembre « Journée mondiale des droits de l’homme ». Mais c’est depuis peu que le 25 novembre est reconnu « Journée Internationale pour l’Élimination de la Violence à l’égard des Femmes ». Zoom sur un pays au cœur du sujet : l’Afrique du Sud, aujourd’hui considéré comme l’un des pays au plus fort taux de brutalités commises contre les femmes et les enfants. Un mal aux origines multiples, qui continue de diviser les principaux concernés : les habitants.
Lire la suite « Afrique du Sud – Violences domestiques : les origines de cet enfer à domicile »
Guillaume Alméras est le directeur d’un ouvrage économique et social très actuel : « L’Europe méditerranéenne en crise », paru en avril 2012. Au sommaire notamment de ce numéro 80 de la revue Confluences Méditerranée : les impacts de la crise économique sur les pays d’Europe du Sud ; une compréhension de la crise espagnole ; l’Italie et sa rigueur. Il a accepté de revenir avec nous sur la crise en Europe méditerranéenne, avec un zoom sur les régions du sud de la France et du nord de l’Italie et de l’Espagne.
Lire la suite "Crise en Europe : Guillaume Alméras et l’amère Méditerranée"
Christine Angot s’est rendue à Aix-en-Provence ce jeudi pour présenter son dernier livre, Une semaine de vacances, dans le cadre des entretiens du Centre des Écrivains du Sud. Celle que l’on qualifie parfois d’ « intraitable » ou d’ « incorrigible » fait rarement dans la dentelle. Elle était donc attendue sur cette sortie littéraire qui l’avait écartée de la première liste du prix Goncourt. L’auteure n’a pourtant pas créé d’échauffourées dans l’amphithéâtre Zyromski, où un public éclectique –étudiants et moins jeunes, fidèles lecteurs ou détracteurs – patientait.
Lire la suite « Christine Angot – Une semaine de vacances… et deux heures d’errements sporadiques »
Réunis hier pour les dix ans du groupuscule d’extrême droite, à Orange (Vaucluse), les dirigeants du Bloc identitaire (BI) ont annoncé leur intention d’être présents aux élections municipales de 2014, en s’alliant avec le Front national (FN). Après des semaines de bourdonnement médiatique autour du virage à droite de Jean-François Copé, l’heure est venue de s’interroger sur la bataille des droites françaises et leur impact sur la société.